poing levéc'est bien connu, les phénomènes psi (télépathie, prémonition, etc...) n'existent pas.

 

Effectivement, lorsqu'on cherche à les isoler en laboratoire ils disparaissent, ou alors ils deviennent si faibles qu'on a du mal à faire le lien entre l'effet mesuré, minuscule voir microscopique, et les témoignages de personnes qui parlent de "flashs", de "visions" parfois si fortes qu'elles peuvent changer l'orientation d'une vie entière (ce qui est difficile à mesurer). Cette propriété qu'ont les phénomènes psi à se dérober à l'observation est ce que certains parapsychologues nomment "élusivité" (cf Lucadou).... et les sceptiques "hypothèse non-falsifiable" (cf Popper).

 

Beaucoup de parapsychologues pensent que les phénomènes psi peuvent être dissociés de l'être humain (ou vivant), c'est à dire qu'il existe une propriété du psi qui pourrait être séparée physiquement du cerveau (ou de l'esprit), tout comme les globules rouges peuvent êtres séparés du plasma par centrifugation, et êtres désignés comme les agents transporteurs de l'oxygène dans tout le corps. Les sceptiques dans leur grande majorité pensent au contraire que les phénomènes psi sont des artefacts, des interprétations erronées de phénomènes naturels dont le témoin mesure mal la force, ou bien des effets produits par une tierce personne qui triche sciemment (prestidigitateur ou charlatan). Et il se pourrait bien qu'ils aient raison.

 

Pour les sceptiques, un phénomène paranormal reste paranormal tant qu'on ne l'a pas expliqué rationnellement, c'est à dire tant qu'on ne l'a pas "objectivé", qu'on en a pas saisi toutes les ficelles, ou toutes les variables. Un phénomène modélisé dans ses moindres aspects perd son caractère paranormal. Les sceptiques exultent parfois : une grande quantité de phénomènes autrefois considérés comme surnaturels ont été expliqués par les sciences naturelles au cours des derniers siècles, et les parapsychologues adoptent parfois une position de repli : le phénomène qu'ils étudient sera-t-il en quelques sortes "phagocyté" par les sciences naturelles dans quelques années/décennies/siècles ? ou alors ils cherchent une explication bien réelle, bien "physique" au phénomène qu'ils observent (ou essayent d'observer) : ils cherchent à "isoler" le phénomène.

 

Mais les sceptiques, armés du rasoir d'Occam, battent en brèche les résultats des parapsychologues ("à phénomène exceptionnel preuve exceptionnelle"), et lorsque cela devient impossible, se replient sur l'expectation que l'anomalie observée sera bientôt expliquée par des causes naturelles et certainement dans le domaine de ce qu'on connait déjà de la nature, plutôt que par quelque chose de nouveau. Comme dit plus haut ils ont certainement raison, surtout lorsqu'on voit que la nature a été étudiée à des échelles qui vont de ce qui est infiniment plus petit à ce qui est infiniment plus grand que l'être humain.

 

Néanmoins cette position que les sceptiques tiennent souvent a priori contient une faiblesse qui n'est pas visible de premier abord, et qui est la suivante : que ce que l'on observe soit toujours objectivable lorsque les phénomènes mis en jeux sont connus. Certes a priori ceci est vrai, à ceci près qu'objectiver un phénomène, même le plus simple, recquiert toujours un certains travail, de formation d'hypothèses et de tests, ne serait-ce qu'en pensée. Cela recquiert également de pouvoir appréhender le phénomène, d'y avoir accès, et d'avoir les outils spécifiques pour cela. Si ce travail là n'a pas été fait alors la connaissance du phénomène est imparfaite, mais (et là il faudrait vraiment développer plus longuement) on a toujours un modèle du phénomène. Modèle qui pourrait bien être faux, et en tous cas ne pas rendre compte de tout ce que le phénomène observé peut produire. Auquel cas le phénomène peut se comporter, aux yeux de l'observateur, d'une manière étonnante, qui sort du modèle. C'est à ce point précis que le paranormal peut apparaître : un phénomène en dehors de la nature, mais ce que nous appelons "nature" est en fait le modèle que l'on s'est fait d'elle, d'où l'apparence que parfois un phénomène puisse sortir du cadre.

 

Une objection qui peut être faite immédiatement à ce modèle du paranormal est qu'il suffit d'amener un "fort en science" qui "déboulonne" les observations de "phénomène paranormaux" faites par un observateur moins averti. Cependant il y a et il y aura toujours cet intervalle de temps entre le moment où le phénomène est observé et celui où il est expliqué. Cela peut paraître trivial lorsque les choses prennent place dans un laboratoire où on cherche toujours à comprendre, modéliser, mais ça ne l'est pas du tout dans la vie de tous les jours, où la concurrence, la compétition, en bref la lutte des classes, bat son plein, et où il ne va absolument pas de soit que l'information est quelque chose qui doit être partagé. En fait, il est vital pour les personnes qui possèdent une parcelle de pouvoir, de cacher le ou les informations surtout celles qui mènent aux positions où ils sont. Le point commun qu'il y a entre ce comportement bien humain, et des phénomènes purement physiques, n'est rien d'autre que notre subjectivité face à eux. La différence étant que les phénomènes naturels n'ont aucun intérêt à faire durer le temps entre observation et explication, les êtres humains eux, si.

 

Il serait alors judicieux de créer une science / pratique qui permette de gérer des phénomènes qui ne sont pas ou peu objectivé, une science de la subjectivité en quelque sorte, pour lutter même en ayant pas tous les éléments en main pour comprendre.